Yan Morvan expose ses photos de gangs à Paris

[Pige] – « On a tendance à l’oublier dans nos sociétés, mais à l’origine du monde l’être humain montrait sa force. C’est le mammifère le plus sauvage de la planète car il a éliminé quasiment tout ou asservi par la force la majorité des autres animaux. » Ainsi s’exprime Yan Morvan, reporter-photographe de guerre(s) et des marges sociales à la carrière impressionnante, qui expose son travail sur les gangs français à la galerie Sit Down, à Paris, du 25 janvier au 22 février.

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Les photos sélectionnées illustrent ses pérégrinations urbaines des années 1970 à nos jours. Le travail de Yan Morvan est une diagonale allant des bandes des blousons noirs à celles des quartiers. Il s’intéresse par exemple aux Hells durant ses jeunes années. Et, pareillement à Hunter, l’expérience se termine mal. Un épisode qu’il n’évoque pas avec plus de plaisir que cela.

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« J’ai fait beaucoup de guerres, vu beaucoup de choses. Mais ce que je retiens c’est qu’un chef de bande ou un homme politique partagent les mêmes envies comme le pouvoir, les femmes. Ils veulent exister. Mais bon : si vous naissez à Sarcelles c’est effectivement beaucoup plus compliqué pour devenir Président de la République. »

004©Yan Morvan courtesy galerie SIT DOWN

Les gangs sont une matière de travail complexe. Il faut déjà arriver à les côtoyer et, surtout, pour ne pas avoir de problèmes, respecter ses engagements. À propos d’engagement, Morvan rappelle qu’à Marseille certaines fusillades s’expliquent parce que les malfrats ne les respectent pas. « Ils se font retourner par les flics et ils se font ensuite abattre. Dans un gang si vous faites une connerie, comme balancer des informations aux flics, vous vous faites casser la gueule. La sanction est immédiate. Dans un gang, contrairement à la société civile et à la société bourgeoise, la parole est d’or. »

Les fifties

Morvan porte un regard acéré sur les dysfonctionnements de la société. Et il note que la réussite individuelle prônée au détriment du collectif est une logique qui s’arrête aux portes des gangs : « notre société est de plus en plus disloquée et les gangs représentent des valeurs familiales. Ils sont dans les ghettos et ont besoin de retrouver une forme de solidarité. »

006©Yan Morvan courtesy galerie SIT DOWN

Morvan reconnait aussi que le système fonctionne très bien (d’un point de vue répressif) et qu’un passage par la case prison chamboule les projets de ces « familles ». « Ils ont tout leur temps les flics-salariés, et toute la vie devant eux pour gauler un mec. Les gangs vivent au jour le jour. Puis, le système est tel que si nous ne sommes pas dans les normes, on se fait attraper. Même pour Cahuzac : un rouage de l’administration a fait que le voile sur son argent planqué s’est levé. »

Gang 94

Le photographe rappelle aussi que tous les gens qui évoluent dans les gangs ne sont pas des « illuminés » assoiffés de pouvoir. « Une majorité des mecs veulent regarder le foot à la tv, avoir une épouse et un travail, prendre des vacances de temps en temps. Mais il n’y a que le chômage. » Dans ce contexte, le trafic de stupéfiants représente le principal débouché et l’argent généré fait vivre des familles, voire des cités entières.

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Rebondissant sur l’actualité, Morvan estime d’ailleurs que la légalisation du cannabis « serait une catastrophe pour les quartiers, le bordel même. Il n’y aura plus de business. Les gens vont se révolter. » Yan Morvan a pris sa dernière photo de gangs en 2012.

Son livre Gangs Story (édité par La Manufacture de livres mais malheureusement retiré de la vente) est rédigé par Kizo, un ancien chef de bande, et porte un regard sans pincettes. « Il a les mots. C’est du vrai. Ce n’est pas condescendant. Ce n’est pas un truc téléguidé par une rédaction, façonné. C’est du réel. »

Guillaume Roche

Exposition Gangs – Yan Morvan, du 25 janvier au 22 février Plus d’infos sur le site de la galerie Sit Down

Retrouvez l’article publié le 01/02/2014 pour Fluctuat.

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