Touche pas à mon pc

[Pige] – Le patrimoine informatique de ces 50 dernières années serait-il une espèce en voie de disparition ? Quelques passionnés à travers la France tentent de sauver un matériel jugé bon pour la casse, au nom du devoir de mémoire vive.

Depuis le calculateur électronique Bull Gamma 3A, fabriqué en 1952, environ soixante années se sont écoulées. L’informatique et les jeux vidéo sont désormais accessibles à tous grâce à leur terrible capacité de renouvellement. Face à une telle profusion de machines et modèles, en France, des passionnés s’attellent depuis le tournant des années 1980 et 1990 à constituer des collections axées autour du patrimoine de l’informatique et du jeu vidéo. La démarche de ces geeks est plébiscitée par le ministère de la Recherche qui a chargé le Musée des arts et métiers de chapeauter le réseau Patstec (Patrimoine Scientifique et Technique Contemporain) dont le but est de valoriser le secteur. Outre le fait de pouvoir prononcer le sigle « pâte-steack », les associations qui composent le maillage de ce réseau à la consonance très culinaire effectuent au jour le jour un véritable travail d’historien des machines. Rencontre avec les associations Aconit et Silicium, les petites mains de la mémoire informatique.

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Aconit, une montagne d’ordinateurs
« Novice qui vient du milieu artistique », Benjamin Triouleyre, 25 ans, chargé de la communication au sein de l’Association pour un Conservatoire de l’Informatique et de la Télématique (ACONIT), assure les visites de la collection et les interventions en milieu scolaire et vit « au milieu des ordinateurs » qui sont stockés dans un local de 900 m2. L’Aconit a été créée sous la houlette de Roger Gay, Louis Bolliet et Michel Jacob, trois pionniers grenoblois de l’informatique. « En 1985, ils ont commencé à rassembler différentes pièces, ils voulaient mettre en place un conservatoire de l’informatique pour garder une mémoire et ainsi pouvoir comprendre les évolutions des machines et des logiciels. » Benjamin souligne qu’à cette époque, « elles étaient détruites tous les trois ans et fabriquées à peu d’exemplaires. Ainsi, il leur semblait important de conserver une trace de ces dernières. » L’histoire de l’informatique et du jeu vidéo, vieille grosso modo de 50 ans, représente une courte période mais son étude est néanmoins primordiale pour donner une base à la réflexion de demain. Le travail de l’Aconit pour regrouper les 1 000 machines et 10 000 documents se révèle être de longue haleine. « Il s’étale sur 25 ans ! La collection s’est constituée grâce à de nombreux dons de particuliers, entreprises ou universités. » Pour exister médiatiquement, l’Aconit participe à des journées spécifiques, Fêtes de la science, expositions temporaires. Elle voyage aussi à travers différentes villes de France comme au Musée EDF Electropolis à Mulhouse. Aujourd’hui, à défaut de pouvoir être visitée dans un musée, un lieu qu’elle cherche depuis des années au fil des promesses des officiels, « à qui il est parfois difficile de faire comprendre l’intérêt de notre travail », il est possible de la retrouver sur la toile.

Silicium, des généralistes passionnés
René Esperanza, 45 ans, président et fondateur de l’association toulousaine Silicium, a « commence cette aventure il y a de nombreuses lunes ! Lors d’une soirée avec des amis, nous avons pensé que l’informatique et les jeux vidéo allaient devenir incontournables dans les années à venir ! » Depuis le « vieux Hewlett Packard récupéré en 1989 dans une benne », du chemin a été parcouru. L’association Silicium a été officiellement créée en 1994 afin de pouvoir acquérir plus facilement du matériel. Quant à la collection, « les ordinateurs y côtoient les consoles de jeux », René ajoute : « Je suis passionné par les deux. À mon sens, le jeu et les consoles sont le bras armé de l’informatique, c’est donc naturel de mélanger. À nos yeux, c’est vraiment une continuité. Je ne sais pas exactement combien de pièces nous avons, mais elles sont nombreuses et toutes entassées dans un local de 200 m2. » Afin de pouvoir alimenter sa collection en nouvelles pièces, René Esperanza s’appuie sur un « réseau de membres disséminés dans toutes la France ». Il pense que les indicateurs pour la réussite de sa quête sont positifs : « Au début, nous passions vraiment pour des Martiens, les gens ne voyaient pas l’utilité de notre démarche. Mais les choses sont en train de changer et des projets se montent. Toulouse est une ville avec un patrimoine scientifique, comme Grenoble et les collègues de l’Aconit. » Et pareillement à leurs camarades grenoblois, ils attendent un lieu d’exposition. « Nous n’avons pas encore de musée, mais il va se passer quelque chose dans les années à venir. Nos expositions sont de plus en plus grosses, il y a un changement de génération nous avons une crédibilité, mais il faut être patient. »

Guillaume Roche

Article publié dans le Hors-série de GEEK, septembre 2010

Photographie tirée du site Pureoverclock.com.

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